🪖 Emmanuel Todd  : La Russie qui envahit l’Europe est un fantasme
Le Figaro: L'Occident en déclin ? Emmanuel Todd face à François Heisbourg (54 minutes)
Eugénie Bastié : Ma première question est donc volontairement simple. Emmanuel Todd, sommes-nous aujourd’hui en guerre avec la Russie ?
Emmanuel Todd : Alors, peut-être que les dirigeants européens aimeraient être en guerre ouverte avec la Russie. Moi, je le dis franchement, c’est… ça, c’est l’Europe comme fantasmocratie, en fait. C’est-à -dire que toute cette histoire d’une Russie qui voudrait attaquer l’Europe, envahir l’Europe, est un fantasme.
Eugénie Bastié : Vous n’y croyez pas ?
Emmanuel Todd : Non. C’est… je définis les buts de guerre de la Russie d’une façon assez dure dans mon livre depuis longtemps. La Russie veut aller jusqu’au Dniepr, ils veulent prendre Odessa, peut-être transformer une Ukraine croupion en un nouveau satellite, mais ils s’arrêteront là et ils n’ont aucun intérêt à aller plus loin. Ils n’ont pas les ressources démographiques, ils n’y ont aucun intérêt stratégique. Et le vrai problème, c’est que le discours européen sur cette menace russe existe. Alors, on peut l’interpréter, pour une part, en termes psychiatriques, puisque...
Je veux dire, beaucoup de gens qui disent ça sont sincères. Donc si, les paranoïaques existent et donc certains sont aux commandes. Mais, je crois, au-delà de ça, il y a quelque chose qui ne va pas en Europe et qui est... et qui tombe dans... comment dire, le vrai sujet de mon livre « Dislocation de l’Occident ». Tout le but du livre, c’est de montrer — je parle un peu de la Russie évidemment, je parle beaucoup de la Chine, je parle énormément de l’Iran, mais fondamentalement pour moi, ce qui est intéressant, c’est le processus de dislocation interne, pas simplement de l’Europe, mais de l’Allemagne, de la France, du système occidental et des États-Unis. Et c’est ce processus de dislocation qui produit cette vision paranoïaque du monde. Et donc, la Russie n’est qu’un objet de fixation pour ce mal-être intérieur.